le blog illustre

SOUVENIRS

jeudi, novembre 13 2008

Telle mère, telle fille ?

     

 Bernadette L. et sa mère, circa 1973

Je rappelle les faits: j'ai eu une enfance studieuse et sage, à l'Ile de La Réunion, élevée par deux grand-mères et à priori, loin de tout ce qui pouvait se rapporter à la mode. 

Il y avait néanmoins au Pensionnat de l'Immaculée Conception où j'étais scolarisée, une fille dont la maman avait une boutique de maillots de bain et dont la décoration toute en courbes psychédéliques était, avec "La Boutique de Sheila", l'adresse fashion du "tout St Denis". (je vous parle d'un temps que les moins de 30 ans ne peuvent pas connaître...). La maman de Bernadette (c'est son prénom) était une femme résolument moderne avec un sens du style et un goût inné pour déceler les tendances.  Comme nous avions un uniforme, je n'avais pas tilté tout de suite sur Bernadette...  Elle avait certes la même coupe de cheveux que les fils de Cloclo, mais, bon, après tout, elle n'était pas la seule, les nièces de Raymond Barre* aussi, c'est dire... Un jour, les commerçants de ST Denis décidèrent d'organiser un défilé de mode conjointement, pour femmes et enfants et ce défilé "passa à la télé". J'eus le choc d'y apercevoir ma Bernadette défilant en pantalon patte d'éf' et ceinturon en daim frangé... Je suis restée bouche bée, la fourchette en l'air... (nous étions à table), comme frappée par la foudre. 

Observant à la dérobée, par la suite, la créature dans la cour de récréation, je l'imaginais, chez elle, lovée dans un fauteuil design orange, en train de boire du coca devant la télé et faisant des caprices pour un oui ou pour un non. Bref une vie trépidante et stylée que j'enviais secrètement.

Les années passèrent, Bernadette changea d'école. Je l'oubliai. Une fois étudiante (et donc, devenue parisienne branchée dans une école de style réputée), en vacances à La Réunion, une de mes amies me dit un jour: " t'as connu Bernadette L....?" Immédiatement, le souvenir de la it-girl de mon enfance remonta à la surface. Nous devions la voir le soir même... Imaginez mon impatience... Je me demandais comment, après les turpitudes du disco, j'allais la retrouver...

C'est une fille au look silencieux et à la coupe de cheveux ennuyeuse que je vis arriver. . Néanmoins, bonne fille, je lui contai ce souvenir brûlant  quand elle m'avoua: " aah la la.... ma mère m'habillait avec des trucs ridicules... Qu'est-ce que j'avais honte!"... 

Oui, vous avez bien lu: elle avait honte...  Pour un tel manque de discernement, un Truman Capote l'aurait giflée, un Néron l'aurait jetée aux lions...  Je me suis contentée de bredouiller " ah ouai ?"... Elle m'avait destabilisée.

Aussi lectrices et lecteurs amateurs de nouveautés, modeuses, et fashionistas de tous horizons, préparez-vous au pire

il est possible que votre progéniture ne devienne pas une bête de mode.

* Pour les moins de 20 ans, Raymond Barre était un économiste, homme politique de droite, ancien 1er ministre sous Valéry Giscard d'Estaing et originaire de l'Ile de La Réunion.
 

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lundi, septembre 22 2008

Première vision


Demain, commence Première Vision. C'est le grand salon parisien des fabricants de tissus venus du monde entier. Là, pendant quatre jours, butinent une bonne partie des stylistes de la planète. Le salon se tient à Villepinte. Pour s'y rendre, la majorité des visiteurs prennent le RER, sur une ligne où d'ordinaire aucune veste Martin Margiela ne s'y aventure. La foule fashion qui s'y entasse, me fait penser aux grands rassemblements de sorciers dans "Harry Potter". Enfin, nous sommes "entre nous". C'est une surenchère d'élégance où le grand chic et l'excentricité sont les bienvenus. Perdus au milieu de cette foule, les rares usagers de la ligne sentent bien que quelque chose d'inhabituel se passe. Une fois, j'ai croisé le regard inquiet de l'un d'eux.

Un jour, je remarque un grand styliste Allemand, tout de Helmut Lang vêtu, au piercing hardi sur le visage. Une de ces éminences fashion qui inspire le respect et provoque l'admiration  mais que l'on imagine volontiers odieux avec ses assistants. Alors que le train s'arrête à Sevran-Beaudottes, la porte s'ouvre, nous offrant en spectacle à une bande de jeunes désoeuvrés sur le quai... La vue de notre styliste teuton déchaîna sur les autochtones une vive réaction. Un éclat de rire général secoua la bande et l'un d'eux en brandissant un index agressif se mit à le traiter de pédé à l'apostropher dans un vocabulaire fleuri et précis. Les portes se refermèrent et nous retrouvâmes notre atmosphère feutrée mais, blême, l'allemand avait perdu de sa superbe. 

C'est "l'albatros" de Baudelaire. Trop en avance sur son temps, le styliste essuie des quolibets.

L'anecdote se situe en 1999. À cette époque, la révolution internet commençait, mais pas encore de blogs et de sur-information tous azimuts. Pour les chercheurs en marketting, le marché était fragmenté en groupuscules: les ados et leur tribus, les 25-30 ans consommateurs modérés, les branchés, gros consommateurs de mode, le restant se regroupant dans un package qu'un bureau de style avait eu l'idée géniale d'appeler: la majorité silencieuse.  Aujourd'hui, où il suffit de lire Garance pour être branché, plus besoin de faire partie d'un petit cercle d'initiés: le monde entier est branché. La majorité silencieuse est avertie. J'ai l'impression que cette scène ne pourrait plus se produire aujourd'hui. Quand pensez-vous ?  

RÉSULTATS DU JEU :

Merci 1000 fois d'avoir pris le temps de jouer! La bonne réponse était : 1B 2D 3A 4F 5C 6E

Ce n'était pas facile en raison de 2 pièges: 

1983: l'année où K.Hamnet a commercialisé ses 1ers  T.shirts à slogan. toujours en vente aujourd'hui. 

2006: l'année du dernier concert en Europe des Stones.

C'est la main innocente de mon plus jeune fils qui a tiré au sort. Et la gagnante est Evelyne qui recevra donc un dessin. 

Un grand bravo à vous tous et particulièrement à Oasisdelaville et ds75 (un garçon qui a de la ressource) qui ont été les premiers à trouver presque simultanément la bonne réponse. 

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