le blog illustre

LA MODE ET LES POUPÉES

mardi, octobre 13 2009

Rika, la poupée japonaise

Un jour, me trouvant au Japon un mois de décembre, je décidais d'y acheter mes cadeaux de Noël. J'atterris ainsi au rayon" jouets pour filles" pour la filleule de mon époux.  J'en garde un souvenir vivace. La scène se passe en 1995.

Il n'y a dans ce pays pourtant admiratif de la culture Américaine, nulle trace de Barbie. Car au Japon, il y a mieux, il y a Rika-Chan. Rika, c'est le rêve de toute petite japonaise et depuis, pour beaucoup de collectionneurs un collector. 

Car figurez-vous qu'alors, quand en France la Barbie se pavanait en robe de princesse d'un improbable rose fushia scintillant, Rika, elle, se pavanait en imper Burberry. Et oui.

Je fus prise, à la vue de cette élégante, d'une frénésie d'achat, tant tout était juste et sidérant. Rien dans sa garde-robe n'était "nunuche": les basiques de la garde-robe d'une fille avertie étaient largement et finement représentés. Admirez la tenue "college girl" avec son débardeur à motif argyle et ses hautes chaussettes assorties, furieusement "gossip girl" aujourd'hui. 

Alors que je n'extasiais sur les différentes tenues, mon amie Satoko qui m'accompagnait, me montre alors un petit bac que je n'avais pas remarqué. Il était plein d'accessoires, en vrac... Alors là... Je crois que Pierce Brosnian aurait pu arriver nu, je ne l'aurais pas remarqué. Il y avait, tenez-vous bien, de minuscules sacs Chanel et des flacons de Chanel n°5 et de Dune de Dior en vogue à l'époque. ... J'entends alors Satoko, comme dans un rêve, me dire que c'est dommage, la semaine dernière il y avait des kelly d'Hermès... 

Comment voulez-vous qu'avec une telle éducation, la japonaise ne devienne pas une consommatrice avertie?

(Un grand merci à Pauline l'heureuse propriétaire de cette poupée, de me l'avoir prêtée, à sa maman grande connaisseuse qui l'a gardée précieusement, qui a été la chercher à la cave spécialement pour ce post et à Satoko qui m'a rappelé son nom Rika)

lundi, mai 4 2009

Barbie le chemin de croix du style.

Il fallait bien que je le poste cet article. Ayant une catégorie "la mode et les poupées", je ne pouvais pas faire l'impasse sur cette poupée qui a été ma complice pendant de nombreuses années. Le fait que Barbie fête ses 50 ans cette années me pousse à me dépêcher d'en parler.

Car je ne savais pas trop comment aborder le sujet de Barbie et la mode. Car pour moi, les panoplies de la malheureuse barbie que je recevais enfant ne cessaient de m'exaspérer tant elles étaient toujours à coté de la plaque. Les photos publiées dans la presse à l'occasion de son cinquantième anniversaire montrent une Barbie élégante souvent habillée par des designers et donc "collector". La réalité était toute autre. La Barbie collector, nulle enfant n'y avait accès.

Quand à moi, qui ai joué avec Barbie pendant la première moitié de la décennie 70, force est de constater que le rouleau compresseur du marketting MATTEL était encore balbutiant. Ainsi, alors que tout la rue portait mini-jupe orange avec des semelles compensées, Barbie affichait une élégance fifties qui nous déconcertait souvent. De plus, comme mon anniversaire tombait après Noël, j'avais droit à un tir groupé de Barbie quasiment une fois par an, et donc il fallait que je tienne un an avec ça:

Vous comprendrez mon désarroi. Le pantalon de golf ( jusqu'alors vu seulement sur Tintin ) porté avec des mules 50' que personne ne portait plus depuis longtemps me laissait perplexe. Le coup de grâce fut porté par le chien car alors pour être chic, il fallait avoir un teckel ou un cocker. Même Boule et Bill étaient plus tendance... Admirez la sévérité du mobilier dont je serais hystérique aujourd'hui et donc l'aspect intellectuel à l'époque m'est passé au-dessus. Il n'y avait pas encore cette avalanche de rose jusqu'à l'écoeurement. Seuls les cintres l'étaient. Aussi quand ma grand-mère me fit la surprise de faire au crochet une robe Hippie et un poncho, je fis des bonds de joie dans toute la maison.

Donc, il fallait faire tout soi-même. Le moindre bout de tissus devenait mini jupe et toute vieille chaussette esseulée devenait pull-over. Il me faut préciser que j'eu la surprise d'avoir comme institutrice en CM1 une jeune et jolie fille qui arrivait en vélomoteur et en mini jupe à l'école, ce qui contrastait avec mon paysage visuel de l'époque rempli de vieilles filles et de bonnes soeur. Elle devint vite mon leader d'expression en matière de style. 

Sa garde robe fut copiée et investit largement les défilés de mode que j'organisais avec les copines. Non sans mal, je l'avoue, car lorsque j'énonçais d'un ton docte: "modèle n°28 de LANVIN" il y en avait toujours une qui pouffait en disant que Lanvin, c'était du chocolat, il fallait demander l'arbitrage des parents, pas toujours fiable d'ailleurs... Les stylistes ont souvent été des enfants incompris...

Il reste que dans mes souvenirs, ma Barbie était top fashion. Quand mes copines, à la plage, tenaient par les cheveux, une Barbie nue, la mienne avait un maillot une pièce bleu turquoise taillé dans un vieux short en éponge dont je n'étais pas peu fière d'avoir réussi l'encolure sur une poitrine aussi majestueuse. 

Ma soeur avait une Skipper. Avec elle, on gagnait 10 ans. Elle était résolument sixties et portait ballerines et serre-tête. Ça consolait. Je me souviens même de bouts de tissus mous et informes qu'elle avait dans sa mallette/penderie que nous jetâmes sans ménagements. Longtemps après, je compris ce que c'était... C'était des collants ! Vivant dans un pays tropical, le collant non installé sur la poupée peut devenir une sacré énigme. Et j'avais souri, réalisant que, par ignorance, j'avais jeté ce qui aurait été le seul accessoire phare, et modesque de mes défilés de mode !

Barbie a certainement exacerbé ce goût que j'avais pour la mode. Nulle autre poupée n'aurait pu le faire. Grâce lui soit rendue. J'ai toujours gardé pour elle une affection indéfectible.

Ainsi, elle était présente à mon mariage où j'avais réalisé le double de ma robe avec les chutes de tissus. ( le plus dur a a été de trouver un costume à Ken ).

Et à l'anniversaire surprise de mes 40 ans, MissMad et Calou m'ont ô combien émue et émerveillée en créant une installation sur fraisier  de cette Barbie assise sur la Lounge Chair de Eames sur un puzzle trouvé au Conran Shop représentant un motif "psychédélique" très 70. Avec son ensemble orange, ça y est, je l'avais ma Barbie 70. La boucle était bouclée.

lundi, octobre 13 2008

New York et les poupées

Il existe un endroit magique à New-York. Un endroit où toutes les petites filles peuvent jouer "à la Dame".

Cet endroit, beaucoup, j'en suis sûre l'ont repéré.... C'est la boutique "An American Girl". Et soyons franc sur cette affaire: il n'y a que les Américains (ou les Japonais) qui peuvent inventer un truc pareil. C'est une leçon de marketing. Je devais publier ce post depuis longtemps. Un événement puis un autre m'ont retardé. À l'heure où l'on tremble devant la crise financière, ce post qui devait être écrit sur un ton badin prend un autre ton.

Donc, ici, chez American Girl, le concept est simple, tout un univers girly est regroupé autour d'une marque éponyme de poupée. On y trouve un café/restaurant, un studio de photos, un service après-vente appelé "hôpital" et même un salon de coiffure pour poupée ! ... Le type de boutiques qui m'impressionne fortement. Ainsi, toute maman Américaine (car d'autres boutiques de la marque existent à Boston, à Chicago...) qui ne sait pas quoi faire de son argent et de ses après-midi avec sa fille peut se dire:" tiens et si on emmenait ta poupée chez le coiffeur?" N'est-ce pas merveilleux?  Le souvenir de ce concept me hantait et lors de mon dernier passage à New York, j'ai voulu moi aussi connaître ce pur moment de bonheur "capitaliste" en emmenant ma Corolle qui avait bien besoin d'un brushing... Assez inexplicablement toute ma famille s'est liguée contre moi et je me suis retrouvée vite fait bien fait au NBA Store (pas mal non plus dans son genre). Dieu merci, quelques mois plus tard, mon amie Miss Mad, heureusement dotée d'une fille a pu en faire l'expérience et m'a ramené de précieux clichés que (une fois n'est pas coutume), je publie. En effet, un dessin n'aurait pu transcrire l'ambiance feutrée de ce restaurant pour filles. (notez les sièges pour poupées et la vaisselle coordonnée).

Ainsi grandissent les Américaines... Pourvu que ça dure !

(photo Miss Mad)

Aparté : pour le style des poupées, la note est : peut mieux faire. Vêtements datés , clichés... j'avoue ne pas avoir compris. Chaque enfant est sensée trouver une poupée qui lui ressemble (blonde, châtain, rousse...). Je défie n'importe quelle petite fille black des USA de se retrouver dans cette poupée à robe fleurie et chapeau de paille directement inspirée de "la couleur pourpre" de Spielberg. Ils auraient pu au moins nous faire une poupée R'n'B! Quand à la latino -américaine, nulle Jenifer Lopez ne s'y reconnaîtrait... 

jeudi, septembre 4 2008

La poupée de Marguerite



Ce post est le premier d'une série sur la mode à travers les poupées. J'ai un gros faible pour les poupées. Pas celles qu'on collectionne, un peu figées, qui font peur... Non, celles qui "collent" à la réalité. Celles qui me font stopper devant une vitrine en me disant : "quelle leçon de style pour une petite fille!"
Je commence par une poupée qui me fascinait quand j'étais enfant: la poupée de la Comtesse de Ségur.
La Comtesse de Ségur, pour ceux qui l'ignore, est un écrivain du XIXème siècle. Elle est née en Russie. Son père, le Comte Rostopchine avait organisé le fameux incendie de Moscou devant les armées de Napoléon. En disgrâce peu après il s'exila en France. sa fille épousa le Comte de Ségur, eut huit enfants et décida sur le tard (à 58 ans) d'écrire des contes et des romans pour ses petits enfants. Ils furent rapidement publiés.
Avec des détails autobiographiques, son oeuvre est largement intéressante pour la représentation du quotidien des enfants de l'époque.
Dès que j'ai su lire, ma Grand-Mère qui était très "vieille France" et qui avait sur le chapitre de l'éducation des principes non négociables, m'a remis solennellement "Les malheurs de Sophie". Je l'ai dévoré et lu la quasi-totalité de son oeuvre avec avidité. Et ce qui m'avait "scotché" à l'époque, c'est la description d'une poupée que reçoit une des héroïnes dans "les petites filles modèles". Je vous laisse découvrir.
"... Marguerite était enchantée de sa jolie poupée et de son trousseau. Dans le tiroir d'en haut de la commode, elle avait trouvé:
1 chapeau rond en paille avec une petite plume blanche et des rubans de velours noir;
1 capote en taffetas bleu avec des roses pompons;
1 ombrelle verte à manche d'ivoire;
6 paires de gants;
4 paires de brodequins;
2 écharpes en soie;
1 manchon et une pèlerine en hermine.
Dans le second tiroir:
6 chemises de jour;
6 chemises de nuit;
6 pantalons;
6 jupons festonnés et garnis de dentelle;
6 paires de bas;
6 mouchoirs;
6 bonnets de nuit;
6 cols;
6 paires de manches;
2 corsets;
2 jupons de flanelle;
6 serviettes de toilette;
6 draps;
6 taies d'oreiller;
6 petits torchons.
Un sac contenant des éponges, un démêloir, un peigne fin, une brosse à tête, une brosse à peignes.
Dans le troisième tiroir étaient toutes les robes et les manteaux et mantelets; il y avait:
1 robe en mérinos écossais;
1 robe en popeline rose;
1 robe en taffetas noir;
1 robe en étoffe bleue;
1 robe en mousseline blanche;
1 robe en nankin;
1 robe en velours noir;
1 robe de chambre en taffetas lilas;
1 casaque en drap gris;
1 casaque en velours noir;
1 talma en soie noire;
1 mantelet en velours gros bleu;
1 mantelet en mousseline blanche brodée."
 Moi j'étais épatée (et le suis toujours). Ma soeur et moi, relisions la liste avec respect, rêvassions et trouvions que notre Barbie, à coté, faisait petite joueuse.
Je n'épiloguerais pas sur cette opulence, sur la différence magistrale entre celles qui à l'époque n'avait rien et celles qui "avaient". J'ajouterais l'intérêt que procure cette liste comme indication sur la façon dont les femmes s'habillaient alors. Pour finir, j'ajouterais que la collection que je lisais à l'époque, était magnifiquement illustrée par JOBBÉ-DUVAL (ci-dessous) et la couverture était elle, illustrée par le célèbre Marcel MARLIER bien connu pour avoir dessiné "MARTINE". (collection toujours en vente aujourd'hui chez Casterman).
C'est tout aujourd'hui pour les poupées. 

La semaine prochaine, retour au XXIème siècle: les New-Yorkaises et les poupées.